jeudi 2 juillet 2009

SOIREE CONTE DE FIN DE FORMATION

A la fin de l'atelier qui a onsacré des conteurs locaux à la pratique initiatique à l'art de conter qui s'est déroulée dans la salle de de la mairie de Saa, une soirée conte comprenant dans ses articulations une séance de restitutions par les apprenants, suivi d'interventions contées par des conteurs professionnels a sanctionné la fin de l'atelier de formation.

UN STAGIAIRE QUI CONTE POUR SA PREMIÈRE FOIS

FOUDA JOACHIM


MARTINE QUENTRIC SEGUY


/>DONALD MVONDO


LEONARD LOGMO

UNE BIBLIOTHEQUE BIENTOT A SAA

Une rencontre fort intéressante a été initiée par le FESTMOC-PATRIMOINE, et a permi de mettre en relation le Centre Culturel François Villon de Yaoundé et la Mairie de Saa. Les échanges ont tourné autour de l'importance et de l'impact d'une bibliothèque en milieu rural.

MBENA MENGUE, MAIRE DE SAA

Le Maire de SAA, M. Mbena Mengue à souhaiter la bienvenue aux membres du comité d'organisation du FESTMOC-P et à tenu à remercier les responsables de la Médiathèque du CCF de Yaoundé qui malgré leur multiples occupations ont accepté de venir partager cette idée de mise en place d'une bibliothèque à Saa. La grande nouvelle de son propos était justement la création à Saa, dans les prochains mois d'un foyer culturel qui comprendrait une salle de spectacles, une bibliothèque et des espaces de loisirs. Il sollicite à cet effet la concourt du CCF de Yaoundé dans la mise en oeuvre de ce projet. Il a conclu son propos en insistant sur le fait que SAA devienne la capitale du conte.

NADINE MONCHAU, RESPONSABLE MEDIATHEQUE CCF DE YAOUNDE

Le CCF de Yaoundé à développer et insister sur la richesse d'une telle action à mener en milieu rural. Nadine Monchau à terminer son propos en soulignant que le CCF apportera son appui à la Mairie de Saa en formant le futur gestionnaire de la future bibliothèque de Saa.

LE PANEL DES INTERVENANTS

A la fin de l'échange une visite guidée du chantier du futur foyer a été effectuée avec la satisfaction et l'admiration des visiteurs.

UNE VUE DE L'ASSISTANCE

LES RESPONSABLES MEDIATHEQUE CCF DE YAOUNDE DEVANT LA MAIRIE DE SAA

COORDINATEUR ARTISTIQUE DU FESTMOC-P EN COMPAGNIE DE LA MEDIATHECAIRE DU CCF

VISITE DE LA PRISON DE SAA PAR LES CONTEURS

Après la formation, les conteurs en compagnie de la responsable de la médiathèque du Centre Culturel Français de Yaoundé sont aller faire une balade contée suivi d'une distribution de livre destinés aux prisonniers de la prison de Saa.
Moments forts et denses de communions avec ces détenus qui nous accueillent pour la seconde fois. Causeries, contes des conteurs, animations et humours des prisonniers, et distributions de livres par la Nadine Monchau, responsable du CCF , ont ponctué cette visite.
LA TABLE DES VISITEURS



MARTINE raconte l'histoire du Dragon



ARSENE sous le feu de l'histoire



UN MOT DE LA MEDIATHECAIRE DU CCF DE YAOUNDE: le début d'une collaboration fructueuse



REMISE DES LIVRES



UN DETENU EN PLEINE ANIMATION

L'ECRITURE D'UN CONTE

ATELIER DIRIGE PAR MARTINE QUENTRIC SEGUY


Extrait de l'Article : UN CONTE POUR GRANDIR
Martine Quentric-Séguy
paru dans la revue "les Mondes Parallèles" de Nov-déc. 1998


Aussi loin que je m'en souvienne, je n'ai jamais vécu sans légendes, mythes ou contes. Mais les humains font-ils autre chose que se raconter des histoires? Regardons-les se rencontrer: ils se racontent la politique, les ragots, l'amour, les aventures familiales, les projets, les mille histoires qui les remplissent! J'ai d'abord reçu les mythes et légendes familiaux, puis ceux que portait mon milieu culturel. Très vite s'y sont joints les contes traditionnels de France, de Bretagne, du Maroc, du Pakistan, de l'Indonésie, de l'Inde. Tout cela m'a aidé à grandir, mûrir, parfois même à me comporter en adulte.


Le chaos, l'imprévisible, l'inconnu effraient les humains depuis l'aube des temps. Cependant, qui peut parcourir cette vie sans y être régulièrement confronté? Si nous pouvions d'instant en instant vivre ce qui est, en nous et dans le monde que nous percevons, sans "pourquoi" ni "oui mais", ces histoires seraient sinon inutiles du moins non nécessaires. Mais nous sommes humains, fragiles, inquiets, persuadés que nous devrions faire quelque chose pour changer le monde, la vie et nous-mêmes.
Dans les tempêtes d'un monde troublant, les contes, les mythes et les légendes, sont des vaisseaux de sauvetage. Ils s'adressent à tous car leur langage est soit simple, soit symbolique, ne requérant donc aucune science acquise pour être compris.

A nos "pourquoi?" les mythes tentent de donner une réponse structurée. Ils sont produits par les chamans des sociétés de chasseurs-cueilleurs ou par les prêtres érudits de sociétés en voie d'affranchissement de leur dépendance envers la nature. Pour rassurer les esprits troublés, ils proposent des explications à l'origine du cosmos et des personnes, des émotions et des situations. Ces mythes sont parfois scandaleux selon nos valeurs sociales, mais ce scandale est innocent, sacré. Symbolisant l'indicible, il transpose notre étonnement, nos répugnances et nos résignations devant la violence, la souffrance, l'injustice, les contradictions et le chaos naturellement asocial de l'univers.

A nos "qui?", les légendes répondent que tout humain peut devenir un héros. Elles donnent pour exemple des personnages qui furent historiques puis qui ont, avec le temps, pris une ampleur mythique, une dimension surnaturelle parce qu'ils ont accepté de vivre en harmonie avec leur peur, leurs désirs, leur puissance, leurs rêves, leurs contradictions, leurs limites et la réalité de l'instant. Ils ont osé, au besoin, agir sans référence aux interdits et briser les tabous, portés par la seule intelligence de la situation. Alors les émotions ont perdu leur pouvoir paralysant et la vie a pu advenir, qui semble "légendaire" tant elle est parfaitement présente aux instants.
A nos "comment?" les contes offrent des solutions pour gérer les crises. Ils transmettent les valeurs sociales, mais aussi les remettent en question. Sans entrer en polémique, ils savent montrer que certaines sont surévaluées, voire inopérantes. Ils soulignent avec humour ou réalisme la relativité de tous les dogmes et certitudes, puis laissent chacun décider pour lui-même ce qui lui semble juste, naturel, acceptable et ce qu'il souhaite éviter.

La sagesse des contes est provocante, elle porte un regard lucide sur les passions humaines, et propose une métanoïa depuis nos habitudes, nos convictions actuelles vers la confiance en l'inconnu impensable. Les contes appartiennent à la tradition orale. Ils sont inspirés à des générations d'êtres considérés comme détenteurs de pouvoirs ou fous en ce monde, dont la parole est verbe créateur et curatif.
Les contes de fées sont des textes d'auteurs, ils apparaissent au XIXème siècle, portés par la philosophie urbaine et littéraire du romantisme. Ils ne sont pas assimilables aux contes traditionnels naturellement porteurs de la dimension sacrée apportée par les chamans et les prêtres.

Les contes s'adressent plus particulièrement à l'enfant en chacun, à celui qui doute comme à celui qui trépigne d'impatience parce qu'il croit savoir. Ils lui offrent l'opportunité de vivre tous ses désirs depuis les plus spirituellement sublimes jusqu'au plus matérialistes ou négatifs. Hors du temps et d'un espace tangible, ils tendent un miroir provoquant, et nous sommes émerveillés, inquiets, rieurs, tristes, tendres, hésitants, braves, voire héroïques. Ils nous permettent de rire et de pleurer de nos limites en prenant une distance temporelle, spatiale, entre le réel brutal jusqu'à l'insupportable qui nous ferait reculer ou fuir et le "mentir-vrai" qui nous parle symboliquement, nous apprivoise et induit la transformation.
Lorsque nous nous abandonnons aux mots des contes, nous échappons au trop plein actuel d'images et de discours qui brûle notre capacité à écouter nos émotions et nos images propres, nous entrons en aventure intérieure. Le langage du conte nous restitue la sensorialité dont le langage conceptuel nous coupe. Il nous recentre et c'est en chacun de nous que le conte prend forme en étant entendu, vu, senti, mis en scène... Il est alors la clé qui ouvre les portes du laboratoire préconscient de notre évolution vers d'insondables possibles. Dans cet état de perception, le conte est "inzappable": l'auditeur entend toujours ce qu'il doit, et deux mots suffisent parfois pour modifier une vie!

L'intellect pose et s'oppose, le mental aime ou déteste. Le discours intellectuel, la parole dite sensée, défend toujours quelque opinion. Le conte offre une solution et son contraire, chacun y trouve une réponse en accord avec lui-même car il y a autant de cheminements et de réponses que d'auditeurs du même conte. Seule importe la perspective.

Il est impossible de se laisser aller aux dogmatismes et à l'autoritarisme par le conte: il se venge de celui qui tente de l'exploiter en devenant inintéressant! Aussi le conteur n'est pas un sage mais un colporteur de métamorphoses qui se fait l'instrument du conte. Son discours est mystérieux, lui-même s'étonne et s'émerveille sans cesse. Ce qu'il offre n'est pas un savoir mais un témoignage: il a vu ou entendu un prodige et tente de le décrire. Il ne cherche pas à changer le monde, il l'arrose pour l'aider à éclore tel qu'il doit être.

Longtemps les conteurs furent des chamans, des clowns sacrés. Leurs histoires étaient prophétiques, éclairantes, curatives, consolatrices, alchimistes. Avec la fin des sociétés traditionnelles, le conteur d'aujourd'hui est souvent considéré comme un amuseur passéiste qui raconterait des rumeurs d'autrefois, des histoires dévaluées. Cependant, s'il a perdu son statut d'être sacré, le conteur demeure un prophète, un éclaireur, un déclencheur, un médecin, un alchimiste pour qui s'offre la chance d'entendre ce que désignent les mots.
Le conte est un chant de l'âme. Le conteur ne peut véritablement conter que dans sa langue maternelle, celle avec laquelle il rêve, il pense, il pleure. Le conte vient le chercher au plus intime de lui-même pour se nourrir et le nourrir. Car les contes viennent de loin dans l'espace et le temps. Chargés de l'expérience de l'humanité, ils évoluent sans cesse. S'ils traversent le conteur et s'alimentent aussi de sa vie et de son énergie, ils ne sont pas des romans ou des nouvelles qui exhibent l'âme de l'écrivain, ils sont comme l'air et l'eau qui donnent et prennent à chacun sans perdre leurs qualités propres. Le conteur sert le conte en lui donnant sa chair, sa vie, son souffle. Alors le conte n'exprime pas son conteur mais prend forme comme le lion transforme tout ce qu'il mange en lion. Le véritable conteur s'oublie, il est méditatif, ce n'est pas lui qui parle c'est le conte qui parle par lui. Car s'il peut être représenté, le conte n'est pas un spectacle mais une infusion d'âme. C'est alors qu'il devient opérant tant pour le conteur que pour celui qui entend.

Sous leur masque léger, un peu fou et rassurant, la simplicité des contes cache une profonde Sagesse.